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L'entrepreneuriat à Impact au Togo · 10/12/2024

Les facteurs clés de succès pour les entreprises à impact au Togo

Quand on accompagne des entreprises pendant plusieurs années, on finit par voir des choses que les tableaux de bord ne montrent pas. Deux projets partis du même point, avec des moyens comparables et des marchés voisins, prennent des trajectoires opposées. L'un s'installe, embauche, se fait connaître. L'autre s'épuise. Les raisons de cet écart sont rarement celles que l'on invoque dans les rapports.

Voici ce que l'observation, plutôt que la théorie, nous a appris.

Savoir dire non

C'est le facteur qui revient le plus souvent, et le plus contre-intuitif. Les entreprises qui progressent sont celles qui refusent des choses : des commandes qui ne rentrent pas dans leur capacité, des clients qui paient mal, des marchés qui les éloignent de leur métier, des programmes d'accompagnement qui prennent trois jours par semaine.

Un jeune entrepreneur qui démarre a une peur légitime : celle de manquer une occasion. Cette peur le conduit à accepter tout, et à devenir médiocre partout. Nous avons vu une entreprise de conditionnement se disperser entre le jus de fruit, la conserve, le service de traiteur et la location de matériel, avant de revenir, deux ans plus tard, au seul produit qui gagnait de l'argent. Les deux années perdues auraient pu être évitées par une décision qui tenait en une phrase.

Connaître son coût de revient

Cela paraît élémentaire. C'est pourtant l'anomalie la plus fréquente que nous rencontrons. Un entrepreneur sur deux, à l'entrée d'un accompagnement, ne connaît pas le coût réel d'une unité de son produit. Il connaît le prix de la matière première. Il oublie l'amortissement de l'équipement, le carburant du groupe électrogène, les pertes, l'emballage, le transport, et surtout son propre temps.

Les conséquences sont mécaniques : on vend à perte sans le savoir, on croit avoir de la trésorerie alors qu'on consomme son capital, on accepte une grosse commande qui accélère la faillite. Aucun facteur de succès ne compense cette lacune. Aucun financement non plus : mettre de l'argent dans une entreprise qui perd sur chaque vente ne fait que rendre les pertes plus rapides.

La cohérence entre le discours et l'exécution

Les entreprises à impact ont une exigence supplémentaire par rapport aux autres : elles doivent prouver ce qu'elles annoncent. Une structure qui affirme améliorer le revenu des productrices avec lesquelles elle travaille doit pouvoir dire de combien, sur quelle période, mesuré comment. Non pas pour satisfaire un bailleur, mais parce que cette information est un actif commercial et une boussole de gestion.

Nous voyons régulièrement l'écart se creuser entre un discours d'impact bien rodé, produit pour les appels à projets, et une réalité opérationnelle qui s'en éloigne. Cet écart finit toujours par se voir. Il se paie en crédibilité, et la crédibilité, dans un écosystème aussi restreint que le nôtre, est la ressource la plus difficile à reconstituer.

La qualité de la relation client

Dans un marché où la publicité coûte cher et convainc peu, la recommandation reste le premier canal d'acquisition. Les entreprises qui grandissent sont celles dont les clients parlent. Cela suppose des choses simples et rarement faites : répondre au téléphone, livrer à la date annoncée, prévenir quand on ne peut pas, reprendre un produit défectueux sans discuter.

Un artisan de Kpalimé qui fabrique du mobilier nous disait que son carnet de commandes avait doublé le jour où il avait commencé à donner des délais qu'il pouvait tenir, plutôt que des délais qui faisaient plaisir. Il livrait moins vite en apparence, et beaucoup plus vite en réalité.

L'entourage du fondateur

Le dernier facteur est le moins mesurable et sans doute le plus déterminant. Les entrepreneurs qui durent ont autour d'eux au moins une personne capable de les contredire : un associé, un mentor, un ancien de la filière, parfois un conjoint. Ceux qui s'entourent uniquement de gens qui les approuvent prennent des décisions plus rapides et beaucoup plus mauvaises.

C'est aussi une question d'organisation. Une entreprise où le fondateur signe tout, contrôle tout et décide de tout plafonne au niveau de sa propre capacité de travail. La transition vers une structure où d'autres portent des responsabilités réelles est un passage difficile, souvent douloureux, que beaucoup repoussent jusqu'à ce que l'épuisement décide à leur place.

Le temps, encore

Aucun de ces facteurs ne produit d'effet immédiat. C'est peut-être le point le plus important. Le succès entrepreneurial, ici comme ailleurs, se construit par accumulation : un client satisfait après l'autre, un processus corrigé après l'autre, une année de comptes propres après l'autre. Les histoires de croissance fulgurante que l'on raconte dans les conférences masquent presque toujours dix ans de travail préalable.

À ceux qui commencent, nous disons souvent la même chose : ne cherchez pas le facteur qui va tout changer. Cherchez les dix décisions ordinaires que vous pouvez mieux prendre ce trimestre.